Blog Transmissions/Avant l’outil, la règle : qui décide ce qu’une IA peut faire seule ?
✦ ⚡ Automatisation Par Marc Julié · ~8 min de lecture · Octobre 2026

Avant l'outil, la règle :
qui décide ce qu'une IA peut faire seule ?

Le 17 septembre 2026, Malakoff Humanis a signé avec quatre organisations syndicales un accord sur les modalités de déploiement de l’intelligence artificielle. Trois semaines plus tard, Google Cloud annonçait que chacun de ses agents recevrait sa propre identité et des droits limités. Deux organisations qui écrivent la règle avant de laisser l’outil agir. Dans une entreprise de trois à quinze personnes, cette règle tient sur une page, et personne ne l’écrira à votre place.

✓Ce que deux organisations ont tranché par écrit en septembre et octobre 2026
✓Pourquoi la même décision vous attend, à huit personnes
✓La page : trois colonnes, puis quatre lignes
✓La réunion de trente minutes qui la produit

Dans cet article

L'essentiel en 30 secondes

Un assistant branché sur votre messagerie, votre agenda ou votre facturation finira par vous demander jusqu’où il peut aller. Deux organisations ont répondu par écrit à l’automne 2026, chacune avec ses moyens : un accord négocié d’un côté, du logiciel de l’autre.

L’essentiel en 30 secondes

Vous n’avez ni accord d’entreprise ni pare-feu pour agents. Vous avez une page : trois colonnes (ce que l’outil lit, ce qu’il propose, ce qu’il fait seul) et quatre lignes (qui décide, qui relit, ce qu’on fait si, quand on la relit). Une réunion de trente minutes suffit à l’écrire. Ce n’est pas la charte de données : celle-là dit ce qui sort, celle-ci dit ce qui agit.

Deux organisations ont répondu par écrit, en septembre et en octobre 2026

Un accord signé sur la manière de déployer

Le 17 septembre 2026, Malakoff Humanis a annoncé la signature d’un accord « pour un déploiement responsable de l’intelligence artificielle » avec les organisations syndicales représentatives CFDT, CFE-CGC, CFTC et UNSA. D’après le communiqué du groupe, publié ce jour-là, l’accord porte sur les modalités de déploiement des systèmes d’intelligence artificielle.

Astuce

Le communiqué que j’ai rouvert le 23 octobre 2026 donne la date, les quatre signataires et l’objet de l’accord. Il n’en détaille pas les engagements, et je n’écrirai donc pas ce qu’il contient. Ce qui se voit déjà suffit : la discussion a porté sur la manière de déployer, pas sur l’outil à acheter, et elle s’est terminée par un texte signé.

Des droits limités, écrits dans le logiciel

Trois semaines plus tard, le 8 octobre 2026, Google Cloud présentait son « agent Gemini » pour le travail. La page d’annonce décrit une gouvernance inscrite dans le produit : « Every agent gets its own identity, cryptographically attested and governed like an employee, with least-privilege permissions », soit : chaque agent reçoit sa propre identité et les droits minimaux. Et : « every action Gemini takes is written to an audit trail and attributed to the agent rather than to a person », soit : chaque action est journalisée, et attribuée à l’agent plutôt qu’à une personne. Les permissions, ajoute la page, sont « approved by your organization’s security administrators ».

Traduit en trois mots : une identité, le minimum de droits, un journal.

Astuce

C’est une annonce commerciale, signée du dirigeant de Google Cloud, et rien n’y est vérifié par un tiers. La page ne dit pas dans quels pays l’offre est disponible, ni à quel prix, ni si l’agent demande une confirmation avant d’agir. Je n’en tire donc aucune conclusion sur ces trois points, et vous ne devriez pas non plus.

Point clé

Un groupe de protection sociale négocie un accord. Un fournisseur de cloud inscrit les droits dans son produit. Les deux font la même chose : ils tranchent par écrit ce que l’outil pourra faire, avant qu’il le fasse.

Pourquoi cela vous concerne, à huit personnes

Vous ne négocierez pas d’accord d’entreprise, et vous n’achèterez pas de pare-feu pour agents. Vous n’en avez pas besoin. Mais la décision que ces deux organisations ont prise par écrit, vous allez devoir la prendre aussi, parce qu’elle arrive par vos outils existants.

Votre logiciel de facturation, votre messagerie, votre agenda : chacun d’eux ajoute ou ajoutera un assistant capable de faire, et non plus seulement de proposer. Le jour où un réglage propose « envoyer automatiquement la relance », quelqu’un répondra. Si la réponse n’est écrite nulle part, elle sera donnée par la personne qui a vu l’écran la première, un mardi, entre deux rendez-vous.

Un équipier et un boulanger passent en revue, sur un ordinateur portable, la liste des outils déjà en service.
L'inventaire d'abord : ce qu'on paie, et ce que quelqu'un a ouvert un soir.

Astuce

Si vous avez déjà écrit une charte d’usage de l’IA, vous avez répondu à une autre question : ce qui ne sort jamais de l’entreprise, et qui relit ce qui part chez un client. La page dont il est question ici répond à une question nouvelle : qu’est-ce que l’outil fait tout seul. Les deux tiennent sur la même feuille, à condition de ne pas les confondre.

La page : trois colonnes, puis quatre lignes

Les trois colonnes

ColonneCe qu’elle contientUn exemple
Lirece que l’outil peut consulterrelire un devis avant qu’il parte
Proposerce qu’il prépare, et que vous validezrédiger la relance d’une facture impayée
Agirce qu’il fait seul, sans passer par vousclasser un document dans le bon dossier

La colonne de droite est la plus courte des trois. Ce n’est pas un défaut de la page, c’est son résultat. Envoyer un message à un client, supprimer un fichier, régler une facture : dans une entreprise de huit personnes, rien de cela n’a sa place dans la troisième colonne la première année.

Les quatre lignes que l'on oublie

Les colonnes disent ce que fait l’outil. Les quatre lignes suivantes disent ce que font les personnes, et c’est là que les pages mal écrites s’arrêtent trop tôt.

La ligneCe qu’elle tranche
Qui décide d’ajouter un outilune personne nommée, pas « on en parlera »
Qui relit ce qui part dehorsquand l’outil a préparé le texte, quelqu’un le lit avant le client
Ce qu’on fait si ça part quand mêmedécidé à froid, pas le jour où ça arrive
La date à laquelle on relit la pagetrois mois, inscrits sur la feuille
Le consultant présente une feuille en trois colonnes à une dirigeante et à un chauffeur, autour d'une table.
La réunion dure trente minutes. L'ordre du jour, c'est la feuille.

Point clé

Une page sans date de révision devient fausse en six mois, parce que vos outils changent plus vite qu’elle. La date est la ligne la moins impressionnante de la feuille, et la seule qui la garde vivante.

Trente minutes cette semaine

L’inventaire d’abord. Écrivez les outils en service chez vous : ceux que vous payez, et ceux que quelqu’un a ouverts un soir parce que ça allait plus vite. Les seconds sont souvent les plus utilisés, et ils ne figurent sur aucune facture.

Puis la réunion. Trente minutes, toute l’équipe, et l’ordre du jour est la feuille elle-même : on la remplit ensemble, à l’écran ou au tableau. Personne ne prépare rien à l’avance ; c’est la conversation qui produit la page, pas l’inverse.

Astuce

Ne commencez pas par la colonne « Agir ». Commencez par « Lire », qui ne fait débat chez personne, puis par « Proposer ». Quand ces deux colonnes sont remplies, la troisième s’écrit presque seule, parce que tout le monde voit ce qui reste — et que ce qui reste fait peur à voix haute, ce qui est exactement le but.

Enfin, la feuille se voit. Imprimée près du poste partagé, ou épinglée dans l’espace de travail commun. Une règle que l’on doit chercher n’est pas une règle.

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Trente minutes ensemble, en visio, par téléphone ou sur place, pour regarder ce que vos outils font déjà sans vous : ce qui est branché sur quoi, ce qui part tout seul, et ce que personne n’a tranché. Un rapport de 3 à 5 pages sous 48 heures, déduit de la suite si vous continuez dans les 30 jours.

Ce que cette page n'est pas

Ce n’est pas un document juridique, et cet article n’avance aucune qualification de ce type. Sur le traitement des données personnelles, la référence est la CNIL, et une question précise mérite un avis précis.

Ce n’est pas non plus une formation. Une page dit ce qui est permis ; elle n’apprend à personne à se servir d’un outil. Les deux sont nécessaires, et la page coûte une réunion quand la formation coûte des journées.

Mon avis, pour finir : la page ne vous protège de rien. Elle fait autre chose. Elle remplace une question qui traîne par une décision que trois personnes peuvent citer de mémoire. Dans une entreprise de huit, c’est tout ce qu’on peut demander à une feuille.

Questions fréquentes

Faut-il un accord d'entreprise, comme chez Malakoff Humanis ?

Non. Le communiqué de Malakoff Humanis du 17 septembre 2026 concerne un groupe de plusieurs milliers de salariés, avec des organisations syndicales représentatives. Dans une entreprise de trois à quinze personnes, il n’y a ni négociation collective ni instance à saisir. Ce qui se transpose n’est pas la forme, c’est l’ordre : la règle s’écrit avant que l’outil agisse.

Oui, et c’est le bon moment. Écrire la règle quand aucun outil ne la rend urgente prend trente minutes et ne fâche personne. L’écrire le jour où un réglage attend une réponse prend la même demi-heure, mais sous pression, et la réponse se discute mal devant un écran ouvert.

La charte répond à la question des données : ce qui ne sort jamais de l’entreprise, ce qui peut partir sans relecture, qui relit. Cette page répond à la question des actions : ce que l’outil consulte, ce qu’il prépare, ce qu’il fait seul. Les deux tiennent sur une feuille recto verso, et se confondent souvent, à tort.

Vous, et personne d’autre, mais pas tout seul. La page se remplit en réunion parce que les exemples viennent de ceux qui utilisent les outils ; elle se tranche ensuite par une seule personne, nommée dessus. Une page validée par tout le monde n’est validée par personne le jour où il faut l’appliquer.

Peu de choses, et c’est normal. Les actions réversibles et sans destinataire extérieur : classer un fichier, préremplir un champ, trier des messages. Tout ce qui engage un prix, une date ou une signature reste dans « Proposer ». La colonne s’allonge ensuite, quand vous avez constaté que ce qui y figure déjà ne vous a pas surpris.

La page d’annonce de Google Cloud du 8 octobre 2026 décrit une identité propre, des droits minimaux et un journal des actions, mais elle ne précise ni les pays de disponibilité, ni les tarifs, ni si l’agent demande une confirmation avant d’agir. En l’absence de ces précisions, il faut poser la question à son fournisseur plutôt que de la déduire.

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Écrire la page à partir de ce que vous utilisez déjà

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MJ
Marc Julié30 ans d’expérience, Effet i Média depuis 2004. J’aide les dirigeants de TPE à savoir où en sont leurs projets et leur équipe, sans que tout passe par eux : un Cockpit installé chez eux, des automatisations qui retirent le travail répétitif, et une IA utilisée avec des règles claires. Coach certifié RNCP et formateur, à La Rochelle.

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