Avant l'outil, la règle :
qui décide ce qu'une IA peut faire seule ?
Le 17 septembre 2026, Malakoff Humanis a signé avec quatre organisations syndicales un accord sur les modalités de déploiement de l’intelligence artificielle. Trois semaines plus tard, Google Cloud annonçait que chacun de ses agents recevrait sa propre identité et des droits limités. Deux organisations qui écrivent la règle avant de laisser l’outil agir. Dans une entreprise de trois à quinze personnes, cette règle tient sur une page, et personne ne l’écrira à votre place.
Dans cet article
L'essentiel en 30 secondes
Un assistant branché sur votre messagerie, votre agenda ou votre facturation finira par vous demander jusqu’où il peut aller. Deux organisations ont répondu par écrit à l’automne 2026, chacune avec ses moyens : un accord négocié d’un côté, du logiciel de l’autre.
L’essentiel en 30 secondes Vous n’avez ni accord d’entreprise ni pare-feu pour agents. Vous avez une page : trois colonnes (ce que l’outil lit, ce qu’il propose, ce qu’il fait seul) et quatre lignes (qui décide, qui relit, ce qu’on fait si, quand on la relit). Une réunion de trente minutes suffit à l’écrire. Ce n’est pas la charte de données : celle-là dit ce qui sort, celle-ci dit ce qui agit. |
Deux organisations ont répondu par écrit, en septembre et en octobre 2026
Un accord signé sur la manière de déployer
Le 17 septembre 2026, Malakoff Humanis a annoncé la signature d’un accord « pour un déploiement responsable de l’intelligence artificielle » avec les organisations syndicales représentatives CFDT, CFE-CGC, CFTC et UNSA. D’après le communiqué du groupe, publié ce jour-là, l’accord porte sur les modalités de déploiement des systèmes d’intelligence artificielle.
Astuce Le communiqué que j’ai rouvert le 23 octobre 2026 donne la date, les quatre signataires et l’objet de l’accord. Il n’en détaille pas les engagements, et je n’écrirai donc pas ce qu’il contient. Ce qui se voit déjà suffit : la discussion a porté sur la manière de déployer, pas sur l’outil à acheter, et elle s’est terminée par un texte signé. |
Des droits limités, écrits dans le logiciel
Trois semaines plus tard, le 8 octobre 2026, Google Cloud présentait son « agent Gemini » pour le travail. La page d’annonce décrit une gouvernance inscrite dans le produit : « Every agent gets its own identity, cryptographically attested and governed like an employee, with least-privilege permissions », soit : chaque agent reçoit sa propre identité et les droits minimaux. Et : « every action Gemini takes is written to an audit trail and attributed to the agent rather than to a person », soit : chaque action est journalisée, et attribuée à l’agent plutôt qu’à une personne. Les permissions, ajoute la page, sont « approved by your organization’s security administrators ».
Traduit en trois mots : une identité, le minimum de droits, un journal.
Astuce C’est une annonce commerciale, signée du dirigeant de Google Cloud, et rien n’y est vérifié par un tiers. La page ne dit pas dans quels pays l’offre est disponible, ni à quel prix, ni si l’agent demande une confirmation avant d’agir. Je n’en tire donc aucune conclusion sur ces trois points, et vous ne devriez pas non plus. |
Point clé Un groupe de protection sociale négocie un accord. Un fournisseur de cloud inscrit les droits dans son produit. Les deux font la même chose : ils tranchent par écrit ce que l’outil pourra faire, avant qu’il le fasse. |
Pourquoi cela vous concerne, à huit personnes
Vous ne négocierez pas d’accord d’entreprise, et vous n’achèterez pas de pare-feu pour agents. Vous n’en avez pas besoin. Mais la décision que ces deux organisations ont prise par écrit, vous allez devoir la prendre aussi, parce qu’elle arrive par vos outils existants.
Votre logiciel de facturation, votre messagerie, votre agenda : chacun d’eux ajoute ou ajoutera un assistant capable de faire, et non plus seulement de proposer. Le jour où un réglage propose « envoyer automatiquement la relance », quelqu’un répondra. Si la réponse n’est écrite nulle part, elle sera donnée par la personne qui a vu l’écran la première, un mardi, entre deux rendez-vous.
Astuce Si vous avez déjà écrit une charte d’usage de l’IA, vous avez répondu à une autre question : ce qui ne sort jamais de l’entreprise, et qui relit ce qui part chez un client. La page dont il est question ici répond à une question nouvelle : qu’est-ce que l’outil fait tout seul. Les deux tiennent sur la même feuille, à condition de ne pas les confondre. |
La page : trois colonnes, puis quatre lignes
Les trois colonnes
| Colonne | Ce qu’elle contient | Un exemple |
|---|---|---|
| Lire | ce que l’outil peut consulter | relire un devis avant qu’il parte |
| Proposer | ce qu’il prépare, et que vous validez | rédiger la relance d’une facture impayée |
| Agir | ce qu’il fait seul, sans passer par vous | classer un document dans le bon dossier |
La colonne de droite est la plus courte des trois. Ce n’est pas un défaut de la page, c’est son résultat. Envoyer un message à un client, supprimer un fichier, régler une facture : dans une entreprise de huit personnes, rien de cela n’a sa place dans la troisième colonne la première année.
Les quatre lignes que l'on oublie
Les colonnes disent ce que fait l’outil. Les quatre lignes suivantes disent ce que font les personnes, et c’est là que les pages mal écrites s’arrêtent trop tôt.
| La ligne | Ce qu’elle tranche |
|---|---|
| Qui décide d’ajouter un outil | une personne nommée, pas « on en parlera » |
| Qui relit ce qui part dehors | quand l’outil a préparé le texte, quelqu’un le lit avant le client |
| Ce qu’on fait si ça part quand même | décidé à froid, pas le jour où ça arrive |
| La date à laquelle on relit la page | trois mois, inscrits sur la feuille |
Point clé Une page sans date de révision devient fausse en six mois, parce que vos outils changent plus vite qu’elle. La date est la ligne la moins impressionnante de la feuille, et la seule qui la garde vivante. |
Trente minutes cette semaine
L’inventaire d’abord. Écrivez les outils en service chez vous : ceux que vous payez, et ceux que quelqu’un a ouverts un soir parce que ça allait plus vite. Les seconds sont souvent les plus utilisés, et ils ne figurent sur aucune facture.
Puis la réunion. Trente minutes, toute l’équipe, et l’ordre du jour est la feuille elle-même : on la remplit ensemble, à l’écran ou au tableau. Personne ne prépare rien à l’avance ; c’est la conversation qui produit la page, pas l’inverse.
Astuce Ne commencez pas par la colonne « Agir ». Commencez par « Lire », qui ne fait débat chez personne, puis par « Proposer ». Quand ces deux colonnes sont remplies, la troisième s’écrit presque seule, parce que tout le monde voit ce qui reste — et que ce qui reste fait peur à voix haute, ce qui est exactement le but. |
Enfin, la feuille se voit. Imprimée près du poste partagé, ou épinglée dans l’espace de travail commun. Une règle que l’on doit chercher n’est pas une règle.
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Ce que cette page n'est pas
Ce n’est pas un document juridique, et cet article n’avance aucune qualification de ce type. Sur le traitement des données personnelles, la référence est la CNIL, et une question précise mérite un avis précis.
Ce n’est pas non plus une formation. Une page dit ce qui est permis ; elle n’apprend à personne à se servir d’un outil. Les deux sont nécessaires, et la page coûte une réunion quand la formation coûte des journées.
Mon avis, pour finir : la page ne vous protège de rien. Elle fait autre chose. Elle remplace une question qui traîne par une décision que trois personnes peuvent citer de mémoire. Dans une entreprise de huit, c’est tout ce qu’on peut demander à une feuille.
Questions fréquentes
Faut-il un accord d'entreprise, comme chez Malakoff Humanis ?
Non. Le communiqué de Malakoff Humanis du 17 septembre 2026 concerne un groupe de plusieurs milliers de salariés, avec des organisations syndicales représentatives. Dans une entreprise de trois à quinze personnes, il n’y a ni négociation collective ni instance à saisir. Ce qui se transpose n’est pas la forme, c’est l’ordre : la règle s’écrit avant que l’outil agisse.
Mon logiciel ne propose pas encore d'agent. Dois-je écrire la page maintenant ?
Oui, et c’est le bon moment. Écrire la règle quand aucun outil ne la rend urgente prend trente minutes et ne fâche personne. L’écrire le jour où un réglage attend une réponse prend la même demi-heure, mais sous pression, et la réponse se discute mal devant un écran ouvert.
Quelle différence entre cette page et une charte d'usage de l'IA ?
La charte répond à la question des données : ce qui ne sort jamais de l’entreprise, ce qui peut partir sans relecture, qui relit. Cette page répond à la question des actions : ce que l’outil consulte, ce qu’il prépare, ce qu’il fait seul. Les deux tiennent sur une feuille recto verso, et se confondent souvent, à tort.
Qui doit valider la page dans une entreprise de huit personnes ?
Vous, et personne d’autre, mais pas tout seul. La page se remplit en réunion parce que les exemples viennent de ceux qui utilisent les outils ; elle se tranche ensuite par une seule personne, nommée dessus. Une page validée par tout le monde n’est validée par personne le jour où il faut l’appliquer.
Que mettre dans la colonne « Agir » la première année ?
Peu de choses, et c’est normal. Les actions réversibles et sans destinataire extérieur : classer un fichier, préremplir un champ, trier des messages. Tout ce qui engage un prix, une date ou une signature reste dans « Proposer ». La colonne s’allonge ensuite, quand vous avez constaté que ce qui y figure déjà ne vous a pas surpris.
Google Cloud donne-t-il une identité à ses agents dans tous les pays ?
La page d’annonce de Google Cloud du 8 octobre 2026 décrit une identité propre, des droits minimaux et un journal des actions, mais elle ne précise ni les pays de disponibilité, ni les tarifs, ni si l’agent demande une confirmation avant d’agir. En l’absence de ces précisions, il faut poser la question à son fournisseur plutôt que de la déduire.
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